Recyclabilité effective des emballages légers en papier et carton

0      16.01.2026

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L’utilisation croissante d’emballages légers en papier et carton représente de nouveaux enjeux pour l’économie circulaire suisse. Alors que les emballages en papier et carton traditionnels sont recyclés efficacement depuis de nombreuses années, c’est une autre histoire pour les emballages légers en papier et carton contenants additifs, composants plastiques et protec-tions qui sont utilisés notamment pour les denrées alimentaires. Actuellement, leur recyclabilité effective dans les usines papetières suisses est fortement limitée. Outre certains composants indésirables, le contact avec les denrées alimentaires et les résidus organiques encore présents dans l’emballage sont problématiques. En parallèle, le secteur part du principe que ce type d’emballages va être de plus en plus utilisé à l’avenir. Dans ce contexte, le groupe de travail «Recyclabilité effective des emballages légers en pa-pier et carton» a analysé pour la première fois en profondeur la quantité de ces emballages utilisés en Suisse, leur recyclabilité dans ses usines et les futurs modes de collecte et de valo-risation pouvant être pertinents.

Illustration n°1: Exemple d’emballages légers en papier et carton utilisés dans le secteur alimentaire.

Flux et quantités

L’étude montre que les emballages alimentaires légers en papier et carton ne représentent actuellement qu’une faible part du volume total des déchets en papier et carton produits par les ménages suisses (3% soit environ 8’700 t/an, voir Illustration n°2). Cependant, les données disponibles sont lacunaires, rendant difficile toute affirmation fiable.

    Illustration n°2: Graphique des quantités d’emballages en carton et papier relevées. Des études ont permis d’établir la quantité totale de déchets d’emballage en carton et papier produite par les ménages (barre vio-lette). Grâce aux données fournies par les grossistes et les spécialistes, la quantité d’emballages en papier et carton mise sur le marché a été déterminée (barre vert clair). Seule une petite partie de ces emballages cor-respond aux emballages alimentaires légers en papier et carton étudiés ici (barre vert foncé).

    Recyclabilité effective

    Du fait de leur recyclabilité limitée, les emballages alimentaires légers en papier et carton - même en faibles proportions - disposent d’un potentiel perturbateur considérable dans les processus existants de recyclage du papier et du carton. Lors de tests de recyclage, seul 1 emballage à l’état de «préconsommation» testé sur 8 s’est avéré recyclable dans les usines papetières suisses. Au cours des tests, les films plastiques et les protections contenant des pigments, entre autres, perturbaient le processus de recyclage. Ces enjeux existent également en dehors de nos frontières et sont en grande partie abordés dans le guide de 4evergreen. Ce guide doit être vu comme un ouvrage de référence et non être considéré comme une règle absolue. Tout d’abord parce qu’il a ses limites, notamment car aucune règle universelle n’est envisageable concernant les films de protection et les salissures postconsommation. Par ailleurs, il existe deux différences importantes entre les usines papetières en Suisse et celles à l’étranger concernant la recyclabilité des emballages alimentaires légers en papier et carton:

    1. La durée de dégradation des emballages dans les usines standard suisses est courte comparée à celle obtenue sur des installations dans d’autres pays (pulpeur plus petit). Ainsi, certains emballages pouvant être dissouts à l’étranger ne passent pas le test de recyclage en Suisse.
    2. En Suisse, il n’existe pas d’usine papetière spécialisée dimensionnée pour traiter une quantité importante de déchets alimentaires.

    La recyclabilité effective en Suisse est déterminée non seulement par la conception des emballages mais également par la configuration des installations existantes et les limites techniques.

    Scénarios en fonction du système de collecte

    Deux scénarios potentiels sur la base de ce constat et s’appuyant sur la méthodologie de 4evergreen ont été évalués (voir Illustration n°3):

    • Premier scénario: Intégration de certains emballages légers en papier et carton (monomatériau avec proportion de fibres > 95% du poids) à la collecte de papier et carton («flux bleu»)
    • Deuxième scénario: Tri des emballages composites (proportion de fibres < 95% du poids), ou contenant une substance grasse ou pâteuse, aux côtés des emballages en plastique mélangé et des briques à boissons («flux jaune»/RecyPac).
    Illustration n°3: Flux bleu et jaune, d’après le guide de 4evergreen

    Ces deux hypothèses ne présentent qu’un intérêt limité dans le système actuel comparé au scénario de référence (traitement par valorisation énergétique). Il en découle notamment:

    • Sur le plan écologique, la valeur ajoutée reste faible dans les deux scénarios. Certes, la valorisation des fibres peut contribuer à préserver les ressources, mais l’impact global sur l’environnement demeure limité.
    • Sur le plan économique, les inconvénients prédominent. Pour le moment, les coûts plus élevés, les financements incertains, le faible potentiel d’évolution mais également le manque de possibilités de valorisation s’opposent à une extension. Seul un futur accroissement des capacités (notamment par un développement du règlement PPWR - Packaging and Packaging Waste Regulation) pourrait contredire ce constat.
    • Sur le plan social, le premier scénario présente plus d’avantages puisqu’il nécessite peu de communication et correspond mieux à la perception de la population.
    • Sur le plan systémique, en revanche, les deux scénarios mènent à une baisse de qualité des flux collectés existants.

    Ainsi, si le scénario 1 est applicable sur le plan social, la valorisation effective est fortement restreinte du fait de la durée de dégradation décrite précédemment. Le scénario 2 (RecyPac), à l’inverse, requiert des investissements conséquents et une communication importante, dans un contexte où les capacités de valorisation à l’échelle européenne sont faibles.

    Conclusion et recommandations

    L’étude démontre notamment qu’une extension des flux collectés existants n’est ni écologiquement ni économiquement judicieuse, dans le contexte actuel. À court terme, l’amélioration de la conception des emballages est prioritaire. Dans ce but, le guide de 4evergreen et la liste positive-négative de l’association RPK (Recycling Papier + Karton) proposent des orientations. Cependant, le guide n’est toutefois pas conçu exclusivement pour le contexte suisse; et la liste positive-négative n’est pas assez détaillée en ce qui concerne les spécifications et les valeurs maximales. D’où l’intérêt d’échanger en amont avec les exploitants afin d’adapter autant que possible les spécifications aux processus de recyclage suisses (pour prendre en compte par exemple la durée de dégradation). L’établissement de recommandations simples basées sur les directives internationales et adaptées aux spécificités suisses serait efficace. La diffusion des spécifications relatives aux emballages et, par conséquent, une coopération de toute la chaine de valeur sont, pour cela, décisives. Ensuite, il serait judicieux d’établir une collecte de données harmonisée pour déterminer les quantités.

    À moyen terme, il est nécessaire de créer d’une part des directives harmonisées basées sur de vrais tests de recyclage prenant en compte, dans l’idéal, différentes durées de dégradation dans un pulpeur mais également la présence de résidus alimentaires, et d’autre part de choisir un pictogramme unique. Afin de pouvoir s’adapter, à long terme, à une augmentation de la quantité d’emballages légers en papier et carton en Suisse, plusieurs aménagements sont nécessaires: la diffusion des informations relatives à l’emballage, l’amélioration des techniques, la création de capacités de recyclage spécifiques et des ajustements règlementaires. Les projets pilotes au sein de systèmes fermés, notamment chez les grands spécialistes en conception ou dans le secteur B2B, doivent également être poursuivis.

    Dans l’attente que toutes ces conditions soient réunies, la valorisation thermique reste la méthode d’élimination appropriée pour la majeure partie des emballages légers alimentaires en papier et carton. En parallèle, l’étude montre qu’une surveillance structurée, une conscience globale de la recyclabilité effective et une étroite coopération sur l’ensemble de la chaine de valeur sont des facteurs de réussite du développement de ce segment des emballages. Les projets pilotes ciblés au sein de systèmes fermés sont une première étape vers une future solution. La situation devra être réétudiée d’ici deux à trois ans, en fonction de l’évolution des quantités et des éventuels progrès dans les infrastructures.

    En résumé

    Les emballages alimentaires légers en papier et carton ne représentent qu’une faible partie des flux de déchets en papier et carton (environ 3%), mais disposent d’un potentiel perturbateur considérable dans les processus existants de recyclage du fait de leur recyclabilité effective restreinte. Les tests de recyclage montrent que la majorité de ces emballages n’est actuellement pas valorisable dans les usines papetières suisses, entre autres à cause de composants plastiques, de protections, d’une durée de dégradation plus courte et de la présence de résidus alimentaires. Une extension des flux de collecte existants (papier/carton ou plastiques mélangés) ne présente actuellement aucune valeur ajoutée écologique ou économique significative et mène systématiquement à une baisse de qualité. À court terme, l’accent est donc mis sur l’amélioration de la conception des emballages, basée sur les directives internationales elles-mêmes complétées au vu des exigences spécifiques à la Suisse et par des échanges en amont avec les exploitants. À moyen et long terme, des directives harmonisées reposant sur des tests, de meilleures bases de données, des avancées techniques et, le cas échéant, des capacités de recyclage spécifiques seront nécessaires. En attendant, la valorisation thermique reste la méthode d’élimination la plus indiquée; la prochaine étape consiste à mener des projets pilotes au sein de systèmes fermés et une surveillance structurée.

    Fiche d'information

    Nous remercions les partenaires suivants pour leur soutien dans ce projet:

    Contact

    Ce projet a été mené par Swiss Recycle et Realcycle. Le rapport complet est consultable ici (en allemand):

    Projektreport Reale Recyclingfähigkeit P+K-Leichtverpackungen

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